Démarcation de Terres Indigènes

Démarcation de Terres Indigènes

Durant le mois d’avril, est organisé à São Paulo, un évènement culturel appelé « Abril Indigena » (Avril Indigène). Dans divers centres culturels de la ville sont réalisés des activités, discussions, expositions, présentations théâtrales et musicales, de films, qui cherchent à valoriser la culture des peuples indigènes, et de promouvoir des débats et réflexions sur les actuelles luttes et résistances de ces peuples.

Le 10 avril 2019, une discussion était organisée au sujet de la démarcation des Terres Indigènes avec deux femmes leaders indigènes de communauté Guarani :

Jera Guarani Mbyade la TI (Terre Indigène) de Tenondé Porã, dans la région sud de São Paulo, professeur, leader du peuple Guarani Mbya et agricultrice luttant pour la préservation de graines traditionnelles. Jera a excersé quelques années en tant que fonctionnaire « avant de sortir de ce « fou » système de travail du lundi au vendredi, de 9h à 18h ».

Geni Guarani Para Yry, est l’une des leaders de la TI Jaraguá (140 familles, environ 700 personnes) , dans la région nord de São Paulo, encore en lutte pour la démarcation de son territoire et la reconnaissance de ses droits.


« parfois on me demande si nous sommes « civilisés », ce à quoi je réponds « tout dépends ce que signifie civilisé pour vous, mais dans nos communautés, il n’existe pas de prisons, personne ne vole ni ne tue… et personne vole la terre des autres. »

Les terres indigènes ne sont pas seulement un lieu d’habitat, mais également la permanence vivante des pratiques culturelles, la subsistance de ces peuples à travers les activités d’exploitation de la terre et la chasse/pêche, et un lieu protégé de par son interaction vitale avec ses habitants.

Parmi les personnes qui peuplent les 8 communautés de la TI Tenondé Porã, il y a des gens comme vous, explique Jera , mais aussi des personnes qui ne parlent pas le portugais et qui ne sont pas du tout intéressé à « avoir » … certains ont aussi quittés la TI et tentent d’exister et de résister dans la Capital.

Elle nous explique la lutte qu’ils ont dû mener pour officialiser la démarcation de leur terre (19 hectares des 26 réclamés),  en 2016…. une lutte pour récupérer ce qui leur a toujours appartenu. Le processus est long… très long même… une fois la demande de démarcation officielle faite par un leader de la communauté à la FUNAI ( Fondation Nationale de l’Indien, organisme du Gouvernement Fédéral Brésilien qui établit et applique la politique indigène du Brésil), commence alors un long travail de préparation d’un dossier d’au moins 500 pages élaboré par un groupe d’étude spécifique (Anthropologue, ethnologue, sociologue, cartographe etc…) pour prouver que la demande de terre est bien fondée. Beaucoup de va et vient administratifs avant l’approbation finale du dossier par la FUNAI. Ce dernier est ensuite soumis à signature du Ministre de la Justice pour acter la délimitation du territoire puis du Président de la République pour officialiser l’homologation via decret… Un processus long et complexe…

La TI de Jaraguá est quant à elle toujours en plein combat pour la délimitation de ses frontières. Les dernières années, plusieurs mouvements d’invasion et recul sur ces terres ont été observés, explique Geni. Malheureusement, la terre n’est plus ce qu’elle était.. « autrefois, São Paulo était gorgée de rivières et cascades… aujourd’hui nous devons construire des bassins artificiels pour apprendre à nos enfants à pêcher, activité traditionnelle pour notre peuple. « Nous voulons simplement un morceau de terre pour survivre, vivre, et prendre soin de la nature »…

« Beaucoup de « Juruá » (terme Guarani pour désigner les non-indigènes) viennent nous proposer d’acheter pour revendre notre production, mais ils ne comprennent pas que pour nous l’aliment est sacré, et que nous ne souhaitons pas en faire un marché » s’exclame Jera.

Par ailleurs, notons que la démarcation de la Terre Indigène, donne le droit à ces peuples de vivre et d’exploiter le sol, cependant la terre reste en possession de l’Union, ce qui signifie qu’à tout moment elle pourrait être reprise par cette dernière…

« Il faut vivre uniquement avec ce que nous avons besoin. Personne ne va faire un second trou dans la terre à votre mort pour enterrer vos affaires. »

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